Les thèmes de la série

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Une lecture à plusieurs niveaux

http://i79.photobucket.com/albums/j141/angelbuff4ever/Buffy/124.jpgLa série télévisée Buffy contre les vampires suscite des appréciations contrastées : profondément débile pour les uns, immorale pour les autres, chef-d'œuvre télévisuel pour les derniers. 

Joss Whedon, son créateur, metteur en scène et principal scénariste a fondé le thème de cette série sur une inversion du principe classique des films d'horreur. Au lieu de montrer une blonde pourchassée par des vampires, Buffy est une blonde qui tue des vampires ! Le résultat peut susciter un profond malentendu : il est possible d'apprécier BTVS par une lecture au premier degré, en regardant une jolie fille court-vêtue démolir grâce à ses pouvoirs les vampires et autres démons dans des scènes d'action efficaces. Mais l'originalité des scénarios est de permettre une lecture à d'autres niveaux, qui donnent aux péripéties de Buffy une dimension métaphorique inhabituelle pour une série supposée fournir un simple divertissement au grand public. Le journaliste du magazine spécialisé DvdRama déclare: « Jamais une série n’aura aussi bien su mélanger les registres avec tant de talent. Tous les genres sont dans Buffy : le fantastique, le comique et le romantique bien sûr, mais aussi la satire, le burlesque, le tragique, la parodie, la science fiction... ».

Les nombreuses références croisées et superposées entre l'œuvre shakespearienne, les mythes, les contes pour enfants (revisités) et le folklore fantastique qui forment ce que l'on appellera le Buffyvers (Buffy/univers), offrent au téléspectateur un nouveau joyau de la pop culture. Cet univers original « revisite et approfondit intelligemment la mythologie des vampires, permettant à Buffy d’être bien plus qu’une Van Helsing à la sauce Pamela Anderson. Joss Whedon récompense souvent les spectateurs fidèles (ou fidélise les spectateurs occasionnels) en respectant à la lettre l’univers qu’il a lui-même créé. »

Les dialogues, qualifiés de "whedonesques", d'une richesse proprement étonnante, fourniront aux fans des heures d'analyse, voire de psychanalyse. On rappellera à cet égard que le vocabulaire utilisé et les théories développées dans la série et son spin-off ont fait l'objet de "quelques" livres. 

La série même est une métaphore. Dans laquelle se superposent et se croisent d'autres métaphores.

 

Les thèmes de la série

Dans Buffy, on découvre non seulement la vie d'une "Elue" désignée par Le Conseil Des Observateurs pour tuer les vampires et autres créatures du monde de l'enfer - ce qui rend la série intéressante pour certains et ridicule pour d'autres - mais on apprend aussi à vivre la vie d'une adolescente de 16 ans au début de la série, et on grandit avec elle, on affronte ses problèmes de jeune fille avec elle. C'est cela qui fait l'originalité de la série ; de plus, des personnages comme Alex et ses répliques très profondes ne font qu'accentuer le côté comique de Buffy. On peut donc donner comme principaux thèmes à cette série l'adolescence typique d'une jeune fille, toutefois différente à cause de / grâce à // cette malédiction jetée sur / ce don proféré à // cette Jeune Blonde élue pour libérer la Terre de ces pires créatures : Les vampires et les parfaits imbéciles ou les gens inquiétants que l'on peut croiser tous les jours quand on est au lycée. Ceci se poursuit à l’Université.

Un parcours initiatique 

Il y a plusieurs grands thèmes qui sous-tendent les différentes saisons de Buffy.

En premier lieu, BtVS raconte un parcours initiatique, celui d'une jeune fille qui sort de l'adolescence pour devenir une jeune adulte. Chacune des peurs et des angoisses qu'elle doit affronter de saison en saison pour devenir adulte est emblématique d'un des membres de son cercle social :

  • peur de ne pas être capable de s'intégrer dans le jeu social (1er saison, Cordelia) ;
  • peur des relations avec le sexe opposé, avec les déceptions et la douleur qui s'ensuivent (2e saison, Angel) ;
  • peur d'assumer des responsabilités en étant attiré par la voie facile (3e saison, Faith) ;
  • peur de l'avenir ou de l'absence d'avenir professionnel (4e saison, Giles, Alex) ;
  • peur de devoir se sacrifier pour le bien collectif, au lieu de cultiver un égoïsme tranquille (5e saison, Spike) ;
  • peur de faire face à ses problèmes (6e saison, Willow) ;
  • et enfin, peur d'assumer sa propre identité (7e saison, Buffy elle-même).

La spécificité de BTVS est de présenter ce parcours vers l'âge adulte sous la forme d'une épopée : Buffy mûrit à travers les épreuves qu'elle affronte en même temps que ses amis, selon un schéma tout à fait classique. On voit ainsi les thématiques se complexifier au cours de la série, devenant à la fois plus sombres, plus réalistes mais également plus profondes à mesure que Buffy quitte l'adolescence et son insouciance.

La durée de la série va permettre à Joss Whedon et son équipe d'explorer à travers l'évolution de la psychologie des personnages, les problématiques que nous avons tous eues en commun à ces périodes de nos vies. Les séries télévisées bénéficient sur ce plan d'une caractéristique hors de portée pour le cinéma qui sera rarement exploitée avec autant de verve avant Buffy.

La rédemption

Buffy est aux prises avec les Forces du Mal ; ses ennemis - vampires et démons - sont présentés comme intrinsèquement mauvais et dépourvus d'âme. Pourtant, la série détourne constamment cette règle, en montrant bien des personnages faire des allers-retours entre le camp des gentils et celui des méchants. Il est ainsi possible de voir toutes les combinaisons de comportement : le vampire Angel deviendra définitivement héros dans sa propre série ; le vampire Spike devra cohabiter à son corps défendant avec les humains pendant plusieurs saisons (et tombera même amoureux de la Tueuse...) ; le démon Anya s'adaptera plus volontiers ; tandis que des humains endosseront à leur tour le rôle de méchant : Faith, qui choisira de suivre le Maire dans la 3e saison ; le Maire lui-même, ainsi que les militaires de l'Initiative au cours de la 4e saison, par volonté de pouvoir ; le trio (Warren, Jonathan, Andrew) grotesque de la 6e saison, d'abord surtout par bêtise, ensuite de façon plus inquiétante ; Willow à la fin de cette saison, après une lente dérive et un fort traumatisme ; le prêtre Caleb dans la 7e saison, incarnation du fondamentalisme.

Si certains personnages ne s'amendent pas (le Maire, l'Initiative, Warren, Caleb), pour d'autres au contraire, il y a un chemin vers la rédemption ; celle-ci passe parfois par un travail entrepris de bonne grâce (Willow), parfois est précédée d'un déni (Andrew), peu à peu surmonté ; ou, plus classiquement, par la prison pour Faith.

Le dernier épisode de la série, qui voit la disparition des deux personnages d'ex-démons Spike et Anya, laisse toutefois dubitatif sur la volonté des scénaristes de présenter une rédemption comme possible. Cependant, la réapparition de Spike dans la dernière saison d'Angel permet de relancer le thème de la rédemption, encore plus présente dans ce spin-off.

Buffy contre l'imaginaire du Mal 

Deux lignes traversent l'univers de Buffy : d'une part une séparation entre Bien et Mal, d'autre part celle entre Réel et Imaginaire. La première, on l'a déjà dit, est extrêmement poreuse et les personnages ne cessent de la franchir dans un sens où l'autre. Très vite d'ailleurs le statut de "protectrice du Bien" de Buffy sera mis en cause par sa relation amoureuse avec le vampire Angel qu'elle est censée combattre.

La seconde est vraiment celle qui fait de Buffy une oeuvre à part dans le domaine des superhéros et du merveilleux. En effet, si la série se plaît à mêler dans sa narration l'épopée chevaleresque de l'héroïne et son quotidien le plus banal, elle cultive entre ces deux sphères une limite extrêmement forte. C'est dans le cadre de la mort que cette limite est particulièrement visible : si la Tueuse ne cesse de massacrer toutes sortes de monstres et de démons, il lui est strictement interdit de tuer des humains, pour aussi nuisibles que soient ces derniers. Par ailleurs, les personnages qui meurent dans le cadre de la magie et de l'épopée peuvent ressuciter, pas ceux qui meurent comme des humains "normaux". Le jeu entre ces deux lignes va constituer le coeur de la série, les humains basculant du côté maléfique comme Faith ou Warren lorsqu'ils oublient de distinguer l'imaginaire de la vie réelle, et qu'ils se laissent entraîner par leurs désirs et leurs fantasmes. Buffy elle-même menace plusieurs fois de franchir cette ligne, notamment lorsque dans la 2e saison, elle s'emporte contre l'amant de sa mère.

Aussi la série parle sans doute moins du Mal que de son Imaginaire : la Buffy des débuts, jolie blonde avec sa petite croix, protégeant les jeunes gens innocents de ces monstrueux prédateurs sexuels que sont les vampires, est la parfaite incarnation des valeurs puritaines (sur un ton évidemment très parodique). Elle se détache progressivement de ce cadre rigide, notamment dans la 4e saison où elle doit protéger cet univers démoniaque face à une organisation gouvernementale qui menace de l'anéantir, jusqu'à devenir dans la 6e saison, elle-même une sorte de démon. L'entrée de Buffy dans l'âge adulte, consistera essentiellement à accepter le Mal comme partie intégrante de la vie et non plus seulement comme un absolu clairement identifiable qu'on peut rejeter.

La série apparaît ainsi comme la critique à la fois d'un certain imaginaire, celui de la religion qui a contaminé le genre fantastique, mais également de la tendance qu'a l'Amérique à confondre l'imaginaire et le réel. D'où le combat dans la 7e saison, contre le prêtre Caleb, image d'une société réactionnaire étroitement accrochée à ses valeurs religieuses dépassées.

Diffusée en pleine lutte contre l'Axe du Mal (la 6e saison, la plus sombre, correspondant ainsi au deuil des événements du 11 septembre), Buffy trouve donc une résonance bien plus politique qu'il n'y paraît.